Aujourd’hui, le paysage champêtre des collines de Hausbergen est paisible. Rien ne laisse penser qu’il pourrait avoir été le théâtre d’une grande bataille de l’Antiquité tardive.
L’une des principales hypothèses de localisation situe le lieu de la bataille dans les environs de la commune d’Oberhausbergen. Ammien Marcellin, contemporain des événements, décrit le terrain à l’approche de la bataille en des termes qui laissent transparaître certaines similitudes avec le paysage d’aujourd’hui :
« L’armée s’ébranle de nouveau, et parvient au pied d’une colline en pente douce, couverte de blés déjà mûrs, et située à peu de distance de la rive du Rhin.»*
Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XVI, chapitre XII, 19, traduction sous la direction de Désiré Nisard, 1860.

L’affrontement des armées romaine et alamane près d’Argentoratum, en août 357, n’est pas le fruit du hasard. Il résulte notamment de l’affaiblissement de l’autorité romaine dans la région d’Argentoratum, alors rattachée à la province de Germanie première. Entre 350 et 353, les luttes internes et la guerre civile opposant Magnence à l’empereur Constance II mobilisent une partie des forces romaines et contribuent à fragiliser la frontière rhénane.
La situation connaît ensuite une stabilisation partielle, à la suite de la paix conclue par Constance II avec les chefs alamans Gundomad et Vadomar. Chnodomar et ses alliés continuent cependant d’occuper ou de revendiquer des territoires à l’ouest du Rhin.
En 355, Constance II nomme son cousin Julien César et lui confie la défense de la Gaule. Dès l’année suivante, Julien entame une série de campagnes destinées à repousser les groupes francs et alamans et à rétablir l’autorité romaine. La campagne de 357, marquée par la bataille d’Argentoratum, constitue l’un des points culminants de cette reconquête.
En 357, Constance II organise une offensive coordonnée contre les Alamans : Julien avance depuis Saverne, tandis que le général romain Barbatio doit progresser depuis le sud avec une seconde armée. Mais les troupes de Barbatio, surprises par une attaque alamane, sont mises en fuite et se replient vers Augst. Barbatio quitte ensuite le théâtre des opérations, laissant Julien seul face aux forces alamannes que Chnodomar rassemble près d’Argentoratum. Après avoir fortifié Saverne, Julien choisit alors de marcher à leur rencontre, conduisant à la bataille d’août 357.
La description d’Ammien Marcellin a conduit certains chercheurs à rapprocher le champ de bataille du secteur des collines de Hausbergen. Plusieurs indices topographiques ont ainsi permis de proposer ce lieu comme une hypothèse de localisation de l’affrontement : un relief présentant des pentes douces, semblables à celles décrites par Ammien, un secteur dominant une plaine compatible avec le déploiement d’une armée, ainsi que sa position sur l’itinéraire supposé suivi par Julien depuis Tres Tabernae — l’actuelle Saverne — vers Argentoratum. Néanmoins, aucune découverte archéologique décisive ne permet, à ce jour, de localiser précisément le champ de bataille.

Sur ce terrain associant une colline en pente douce et un espace suffisamment vaste pour le déploiement des troupes, la bataille oppose, selon Ammien Marcellin, environ 13 000 soldats commandés par Julien à une coalition alamane forte de quelque 35 000 combattants, conduite notamment par Chnodomar. Ces effectifs, transmis par une source antique, doivent être considérés avec prudence, mais ils donnent la mesure de l’infériorité numérique attribuée à l’armée romaine.
Les Alamans exploitent également le terrain en dissimulant des combattants dans des fossés ou des retranchements placés devant leur aile droite, afin de surprendre l’avancée romaine. Après une première mise en difficulté de la cavalerie romaine, l’infanterie résiste et finit par repousser les forces alamanes vers le Rhin, où leur retraite se transforme en déroute. Chnodomar est finalement capturé.
Ammien rapporte la mort de 243 soldats et de quatre officiers romains, contre 6 000 corps alamans retrouvés sur le champ de bataille. Ces chiffres restent ceux de son récit et ne peuvent être considérés comme des bilans certains.

Aujourd’hui, la fureur de la bataille a laissé place à la douceur et au calme d’un paysage agricole et rural, finalement assez proche, par certains de ses traits, de celui qu’il pouvait présenter avant l’affrontement d’août 357 apr. J.-C. Pourtant, aucune preuve archéologique ne permet d’affirmer que la bataille s’est déroulée exactement ici.
C’est peut-être dans ce paysage ordinaire, qui conserve la mémoire possible de cet événement majeur, que s’est jouée une victoire importante. Celle-ci permit à Julien de poursuivre le rétablissement des positions romaines le long du Rhin et renforça considérablement son prestige. Elle ne mit cependant pas immédiatement fin aux affrontements : Julien mena encore plusieurs campagnes dans les années suivantes. Cette victoire contribua néanmoins à renforcer le prestige et l’autorité de Julien, avant sa proclamation comme Auguste à Lutèce (Paris) en 360.
Source : Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XVI, chapitre XII, 19, traduction sous la direction de Désiré Nisard, 1860.*
© Frank Spoldi — Chronik-Histoire®
Crédit photos : Collectif Herculiani Rhenani (assiociations Herculiani Iuniores & Triboci/Civitas Tribocorum)
Illustration de la bataille par Florent Vincent, Strasbourg AD 357, the victory that saved Gaul, Osprey Publishing.
© Frank Spoldi — Chronik-Histoire®
Crédit photos : Collectif Herculiani Rhenani (assiociations Herculiani Iuniores & Triboci/Civitas Tribocorum)
Illustration de la bataille par Florent Vincent, Strasbourg AD 357, the victory that saved Gaul, Osprey Publishing.