Se rendre au contenu

Le siège de Strasbourg lors de la guerre franco prussienne de 1870

24 août 2026 par
Chronik-Histoire

Le siège de Strasbourg et les bombardements de 1870



En août 1870, la guerre franco-allemande atteint brutalement Strasbourg. Après les défaites françaises de Wissembourg et de Frœschwiller-Wœrth, la ville se retrouve isolée face aux armées allemandes. Le siège puis les bombardements transforment alors profondément l’espace urbain et la vie quotidienne de ses habitants. Cet article revient sur les événements qui conduisent à cette situation, sur la violence des bombardements et sur leurs conséquences pour la ville et sa population.


De la rivalité européenne à la guerre

 

La montée en puissance prussienne : de l’arrivée de Bismarck au pouvoir en 1862 à la création de la Confédération de l’Allemagne du Nord


À partir de 1862, la Prusse, sous l’impulsion de son ministre-président Otto von Bismarck, mène une politique visant à réaliser l’unité des États allemands sous sa direction.

Les événements européens, notamment la crise des duchés du Schleswig et du Holstein, offrent à la Prusse plusieurs occasions d’affirmer sa puissance. La question des duchés conduit d’abord à la guerre contre le Danemark en 1864 ; le désaccord entre la Prusse et l’Autriche sur leur administration contribue ensuite au déclenchement de la guerre austro-prussienne de 1866. La victoire prussienne permet la création, l’année suivante, de la Confédération de l’Allemagne du Nord, dominée par la Prusse[1].

Cette montée en puissance de la Prusse modifie l’équilibre continental et inquiète la France.

 

Les revers diplomatiques français : politique des compensations, crise du Luxembourg, expédition du Mexique et perte d’influence

 

La France du Second Empire, dirigée par Napoléon III, voit dans la création de la Confédération de l’Allemagne du Nord une menace directe sur sa frontière orientale et le signe d’un affaiblissement de son influence politique sur l’échiquier européen.

En effet, la politique des compensations territoriales, par laquelle Napoléon III espère obtenir des avantages en échange de la neutralité française pendant la guerre austro-prussienne de 1866, se solde par un échec. La tentative d’acquisition du Luxembourg en constitue l’un des principaux exemples.

Cet échec se conjugue à celui de l’expédition française au Mexique, menée de 1861 à 1867. Son coût militaire, humain et financier contribue à affaiblir le prestige international de la France ainsi que l’autorité de Napoléon III sur le plan intérieur[2].

 

La candidature Hohenzollern et la crise espagnole

 

Déjà préoccupée par la montée en puissance prussienne à l’est, la France voit bientôt dans la succession d’Espagne le risque d’une nouvelle menace sur sa frontière méridionale.

Les tensions entre la France et la Prusse s’accroissent autour de la succession au trône d’Espagne, ouverte par la révolution espagnole de 1868 qui renverse la reine Isabelle II. Bismarck soutient discrètement la candidature du prince catholique Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, membre de la dynastie prussienne des Hohenzollern. La candidature est considérée comme une provocation par Napoléon III et le gouvernement français. La France voit en effet dans l’Espagne un débouché économique important pour ses produits, ainsi qu’un espace de développement pour ses infrastructures de transport[3].

La candidature est révélée à Paris les 2 et 3 juillet 1870. Aussitôt, la France exige son retrait. Des démarches diplomatiques sont alors menées parallèlement auprès du gouvernement espagnol, de la famille Hohenzollern et du roi de Prusse, que l’ambassadeur français Vincent Benedetti rencontre à Ems. Elles semblent aboutir lorsque le retrait de la candidature est annoncé le 12 juillet[4].

 

La dépêche d’Ems et la guerre : retrait de la candidature, exigence de garantie, dépêche d’Ems, crédits de guerre et déclaration du 19 juillet.

 

Le gouvernement français ne se satisfait toutefois pas de ce retrait et exige de Guillaume Ier la garantie que cette candidature ne sera jamais renouvelée.

Le 13 juillet, à Ems, Guillaume Ier refuse de prendre un tel engagement. Le compte rendu de cet échange, transmis à Bismarck, est alors abrégé et rendu public le soir même sous la forme de la dépêche d’Ems.

Le 14 juillet, la dépêche est connue en France. Après avoir hésité, le gouvernement signe la mobilisation ; le lendemain, le Corps législatif vote les crédits de guerre. La guerre devient alors imminente.

Le 19 juillet 1870, malgré la situation fragile de son armée sur le plan de la préparation, de l’équipement et de l’organisation de la mobilisation, la France adresse officiellement sa déclaration de guerre à la Prusse[5].

Bismarck voit de son côté dans le conflit l’occasion d’achever l’unité allemande. Les traités d’alliance militaire conclus en 1866 entre la Prusse et les États allemands du Sud entrent alors en application : la Bavière, le Wurtemberg, le Bade et la Hesse-Darmstadt engagent leurs armées aux côtés de la Prusse, sous le commandement supérieur du roi Guillaume Ier. Avant même d’être réalisée politiquement, l’unité allemande s’affirme ainsi sur le plan militaire[6].

La guerre déclarée, l’affrontement diplomatique devient militaire et touche rapidement les territoires frontaliers du Rhin, notamment l’Alsace.

 

Des premières opérations militaires à l’encerclement de Strasbourg

 

L’entrée en guerre : une armée française dotée d’atouts, mais mal préparée à une guerre de grande ampleur

 

L’armée française entre en guerre en 1870 dans une situation défavorable. Elle dispose pourtant de soldats souvent expérimentés et d’un armement individuel moderne, mais elle peine à mobiliser, équiper, transporter et concentrer efficacement ses forces. Sa première fragilité réside dans son système de recrutement, fondé sur le tirage au sort, qui permet d’entretenir une armée active relativement aguerrie sans constituer une réserve suffisamment nombreuse, instruite et rapidement mobilisable.

La victoire remportée par la Prusse sur l’Autriche à Sadowa, le 3 juillet 1866, révèle à Napoléon III et à son gouvernement l’ampleur de ces insuffisances. À cette date, l’armée française compte théoriquement 654 000 hommes, mais seuls 385 000 servent dans l’armée active. Une partie des troupes étant engagée en Algérie, au Mexique et à Rome, la France ne peut compter que sur environ 250 000 hommes immédiatement disponibles[7].

Pour remédier à cette faiblesse, Napoléon III et le maréchal Niel souhaitent porter les forces nationales à un million d’hommes : 600 000 soldats appartenant à l’armée active et à sa réserve, auxquels s’ajouteraient 400 000 hommes intégrés dans une nouvelle garde nationale mobile. Le projet rencontre cependant de nombreuses oppositions et voit progressivement son ambition réduite. La loi Niel, votée le 15 janvier 1868 puis promulguée le 1er février, fixe finalement cinq années dans l’armée active suivies de quatre années dans la réserve. Les hommes non incorporés sont affectés pendant cinq ans à la garde mobile, mais leur instruction reste très limitée. En 1870, cette nouvelle force est encore insuffisamment organisée, entraînée et équipée pour être pleinement opérationnelle[8].

Les difficultés françaises ne se limitent pas au recrutement. Les restrictions budgétaires ralentissent également la modernisation de l’armée. Le fusil Chassepot constitue un véritable atout pour l’infanterie française, mais le programme envisagé par Niel demeure inachevé : sur les 1 800 000 fusils demandés, environ 1 037 000 sont disponibles à la veille de la guerre. À cela s’ajoutent les résistances d’une partie du haut commandement aux transformations de la guerre, les insuffisances du travail d’état-major et une préparation logistique défaillante. L’acheminement simultané des hommes, des chevaux, du matériel et des approvisionnements provoque des retards, des désordres et l’engorgement du réseau ferroviaire[9].

Face à elle, la coalition allemande bénéficie d’un système de recrutement fondé sur le modèle prussien. Les hommes passent successivement par l’armée active, la réserve puis la Landwehr, ce qui permet de disposer d’un grand nombre de soldats déjà formés et rapidement mobilisables. Dès le début des opérations, environ 500 000 soldats allemands peuvent ainsi être opposés à quelque 280 000 Français. L’avantage allemand ne réside donc pas nécessairement dans une plus grande expérience individuelle des soldats, mais dans la capacité de son système militaire à mobiliser, transporter et concentrer rapidement des forces nombreuses[10].

Malgré le courage et l’engagement de ses soldats, l’armée française doit désormais affronter des forces allemandes mieux organisées, mieux coordonnées et capables de concentrer rapidement leurs effectifs. Ses insuffisances en matière de mobilisation, de commandement et de logistique se révèlent dès les premiers combats.

 

Les premières défaites ouvrent l’Alsace aux armées allemandes

 

Dans les jours qui suivent la déclaration de guerre, les forces françaises sont progressivement regroupées au sein de l’armée du Rhin. Leur concentration demeure toutefois incomplète en raison de problèmes d’acheminement des troupes, du matériel et des approvisionnements. Le dispositif français est étiré et dispersé sur la frontière, du Luxembourg à l’Alsace, où les forces sont placées sous le commandement du maréchal Mac-Mahon. De Wissembourg à Belfort, ce dispositif défensif demeure clairsemé et mal renseigné sur la concentration des forces allemandes. Face à lui, la IIIᵉ armée allemande, forte d’environ 165 000 hommes, est prête à pénétrer en Alsace[11].

Le 2 août, l’armée française prend l’initiative et s’avance vers Sarrebruck. Faiblement défendue, la ville est abandonnée par les troupes allemandes. Malgré ce premier succès, la France ne dispose ni des moyens de tenir durablement Sarrebruck ni de ceux qui lui permettraient d’exploiter son avantage par une offensive plus large[12].

Le 4 août, une division française est prise de court par les forces allemandes qui franchissent la Lauter et attaquent Wissembourg. Face à environ 30 000 soldats allemands, les 8 500 hommes du général Douay, lui-même tué lors de l’affrontement, sont débordés et vaincus[13].

Le regroupement des forces françaises autour de Frœschwiller-Wœrth par le maréchal Mac-Mahon devient alors inévitable. Celui-ci doit défendre les routes conduisant vers l’intérieur de l’Alsace, Saverne et Bitche. La première ligne du dispositif de défense français en Alsace du Nord est rompue et la protection de Strasbourg devient plus précaire.

Le 6 août débute la bataille de Frœschwiller-Wœrth. L’armée française inflige de lourdes pertes aux forces allemandes, mais leur supériorité numérique et leur artillerie, plus nombreuse et mieux coordonnée, font de lourds ravages dans les rangs français. Les ailes de l’armée de Mac-Mahon sont peu à peu menacées. Alors que l’encerclement de ses forces devient imminent, celui-ci ordonne la retraite afin de dégager son armée, amputée d’environ 40 % de ses effectifs par les morts, les blessés, les prisonniers et la dispersion des unités.

Les charges de la brigade Michel à Morsbronn et de la division Bonnemains devant Elsasshausen entrent dans l’histoire sous le nom de « charges de Reichshoffen ». Elles tentent de desserrer momentanément l’étau des troupes allemandes, de dégager l’infanterie française menacée d’encerclement et de couvrir son repli, au prix de pertes considérables[14].

Le même jour, en Lorraine, la défaite de Forbach-Spicheren contribue à désorganiser davantage le dispositif français. Les revers simultanés subis en Alsace et en Lorraine rendent désormais impossible son rétablissement immédiat et contraignent l’armée du Rhin à abandonner ses positions proches de la frontière[15].

L’armée française se retire désormais vers l’ouest et laisse Strasbourg seule face à son destin, avec sa garnison pour assurer sa défense.

Ces premières défaites provoquent également une crise politique à Paris. Le gouvernement d’Émile Ollivier est renversé le 9 août et remplacé par un cabinet dirigé par le général de Palikao.

 

Les opérations de l’Armée du Rhin du 2 au 6 août 1870, Gustave-Léon Niox, La guerre de 1870. Simple récit, Paris, Librairie Ch. Delagrave, 1897, planche III, p. 22. Source numérique : Gallica, via Wikimedia Commons. Domaine public.

Figure 1 : Les opérations de l’Armée du Rhin du 2 au 6 août 1870, Gustave-Léon Niox, La guerre de 1870. Simple récit, Paris, Librairie Ch. Delagrave, 1897, planche III, p. 22. Source numérique : Gallica, via Wikimedia Commons. Domaine public.


Strasbourg, un nœud stratégique pour les  troupes allemandes

 

Les défaites françaises des 4 et 6 août modifient rapidement la situation militaire dans l’ensemble de l’Est. En Alsace, après les revers de Wissembourg et de Frœschwiller-Wœrth, l’armée commandée par le maréchal Mac-Mahon se replie vers l’ouest et abandonne la région à la progression de la IIIᵉ armée allemande. En Lorraine, notamment en Moselle, la défaite de Forbach-Spicheren contraint également les forces françaises à quitter leurs positions proches de la frontière et à se retirer en direction de Metz. Les armées allemandes peuvent ainsi pénétrer plus avant sur le territoire français, tandis que leur offensive se poursuit vers l’ouest, avec pour objectif à terme la marche sur Paris[16].

Le retrait des troupes françaises permet également au commandement allemand de détacher une partie de ses forces afin d’investir les places fortes de l’Est demeurées aux mains des Français, notamment Strasbourg. Désormais privée du soutien de l’armée de campagne française, la ville doit assurer seule sa défense avec les troupes et les moyens militaires dont elle dispose.

Strasbourg revêt une importance stratégique à plusieurs titres. La ville constitue un carrefour, un nœud ferroviaire, fluvial et routier important pour les communications militaires ainsi que pour l’acheminement des troupes, du matériel et des approvisionnements. Sa position sur le Rhin et l’existence d’un point de franchissement majeur face à Kehl renforcent encore son intérêt stratégique[17].  Par ailleurs, malgré les revers militaires français en Alsace, Strasbourg demeure une place fortifiée, dotée d’une garnison et d’une artillerie capables d’opposer une résistance[18].

 Située sur les arrières des armées allemandes, elle constitue ainsi un foyer de résistance que celles-ci ne peuvent durablement laisser aux mains des Français.

 

Figure 2 : L’ancienne gare de Strasbourg, Photographie de Charles Winter (1821-1904), sans date, plaque de verre, 8,5 × 10 cm,  Archives de Strasbourg, cote 57 Z 16.


Du siège aux bombardements du 24 et 25 août 1870

 

La mise en place du siège

 

Les batailles de Wissembourg, le 4 août, et de Frœschwiller-Wœrth, le 6 août 1870, se soldent par deux lourdes défaites françaises. À Wissembourg, la division du général Douay, appartenant au 1er corps du maréchal Mac-Mahon, est débordée par des forces allemandes très supérieures. Deux jours plus tard, à Frœschwiller-Wœrth, les forces de Mac-Mahon sont à leur tour battues par la IIIᵉ armée allemande commandée par le Kronprinz Frédéric-Guillaume. L’Alsace est désormais ouverte à la progression allemande et, privée du soutien de l’armée française en retraite, Strasbourg doit assurer seule sa défense[19].

Les conséquences de la défaite sont immédiatement perceptibles dans la ville. Dès le soir du 6 août, un train transportant des soldats blessés à Frœschwiller-Wœrth arrive à la gare de Strasbourg, tandis que les portes de la ville sont fermées. Le lendemain, la proclamation de l’état de siège provoque un mouvement de panique : les habitants se précipitent notamment dans les boulangeries et les épiceries. Le 8 août, les portes restent closes et un couvre-feu est imposé. La vie quotidienne commence ainsi à être profondément bouleversée alors même que l’encerclement militaire n’est encore qu’à ses débuts[20].

Un premier contact entre les assaillants et les défenseurs s’opère le 8 août 1870. Des forces badoises s’avancent jusqu’aux environs de Strasbourg et un officier allemand se présente devant les fortifications afin de demander la reddition de la ville. Le colonel Ducasse, commandant de la place, lui oppose un refus sans équivoque «  Strasbourg ne se rend pas ; venez la prendre ». Dans le même temps commencent les opérations destinées à isoler Strasbourg du reste de la France. Dans les jours suivants, les voies de communication sont progressivement coupées : le chemin de fer est interrompu et les fils télégraphiques rompus, tandis que les troupes allemandes occupent de plus en plus largement les villages entourant la ville[21].

L’investissement de Strasbourg se met en place progressivement. Le 13 août, les troupes allemandes sont signalées à Schiltigheim, Bischheim, Oberhausbergen, Mittelhausbergen, Niederhausbergen, Eckbolsheim et Koenigshoffen. Les communications avec ces communes deviennent de plus en plus difficiles et des régiments entiers commencent à s’établir autour de la place. Ce même jour, les habitants découvrent directement la réalité de la guerre lorsque les premiers projectiles atteignent la ville. Le 14 août, plusieurs obus tombent dans le faubourg de Saverne et, dans la nuit du 14 au 15 août, de nouvelles explosions réveillent les Strasbourgeois[22].

 

 

Figure 3 : Le siège de Strasbourg (Belagerung von Strassburg), 13 août-27 septembre 1870, dans Meyers Konversations-Lexikon, 4ᵉ éd., vol. 6, Leipzig, Bibliographisches Institut, 1885-1890, planche « Festungskrieg II ». Source numérique : Wikimedia Commons. Domaine public.

 

 

Les premières sommations et les premiers bombardements

 

Bien qu’isolée, la ville refuse de capituler après une première sommation du commandement allemand, qui cherche à obtenir une reddition rapide de la place sans s’engager dans un siège prolongé[23]. Les premiers tirs restent limités , le 14 août, plusieurs obus tombent dans le faubourg de Saverne et, dans la nuit du 14 au 15 août, de nouvelles explosions réveillent les Strasbourgeois[24] Ces premiers bombardements commencent rapidement à bouleverser la vie quotidienne des habitants alors que l’encerclement militaire n’en est qu’à ses débuts.

 La garnison française de la ville perd ses premiers hommes lors d’une reconnaissance en direction d’Illkirch visant à renseigner la défense de la ville et à gêner la préparation des batteries allemandes. Le colonel Fiévet, qui commande la sortie, est grièvement blessé à la jambe ; il meurt des suites de sa blessure le 1er septembre[25].

Dans la nuit du 16 au 17 août, une nouvelle sortie française, réalisée par le 18e régiment de ligne, s’opère depuis les ouvrages avancés de la citadelle vers le couvent du Bon-Pasteur, situé près de l’Orangerie, dans un espace désormais compris entre les défenseurs de la ville et les assaillants allemands.

L’objectif est de prévenir les habitants du couvent et du voisinage de quitter les lieux, ceux-ci devant être incendiés afin de dégager la vue et le champ de tir de l’artillerie française, que les bâtiments gênent. Une fusillade s’engage entre les Français, qui ont encerclé le couvent en pensant y trouver des soldats badois, et ces derniers, stationnés dans une maison située de l’autre côté du canal. L’artillerie française de la citadelle finit par détruire volontairement le Bon-Pasteur en y déclenchant un incendie après l’avoir bombardé[26].

Le 18 août marque un tournant dans le siège de la ville. Dans la journée, la garnison de Strasbourg incendie des bâtiments de Schiltigheim jugés trop proches des fortifications et abat les arbres du cimetière Sainte-Hélène qui gênent la vue sur les alentours[27]. Les bombardements reprennent le soir vers 21 heures et les obus pleuvent sur la ville, occasionnant de sérieux dégâts. Pour la première fois, la population subit un bombardement de grande ampleur et un premier incendie important est signalé à l’intérieur des murs de la ville, dans le faubourg National et la rue Sainte-Aurélie[28].

Les 19 et 20 août, les batteries allemandes positionnées du côté de Kehl bombardent la citadelle de Strasbourg, qui réplique à son tour ; Kehl est touchée par les tirs français et plusieurs bâtiments brûlent. Le commandement allemand prend alors prétexte de ces tirs contre Kehl pour étendre le bombardement à la ville elle-même : le bombardement n’est désormais plus limité aux fortifications et aux ouvrages militaires ; la ville elle-même entre directement dans la zone visée[29]. Le tissu urbain intérieur de Strasbourg est désormais directement exposé aux bombardements.

 Émile Schweitzer, Batterie de siège au Wacken, 1897, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Source numérique : BNU Strasbourg / Numistral, via Wikimedia Commons. Domaine public.

Figure 4 : Émile Schweitzer, Batterie de siège au Wacken, 1897, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Source numérique : BNU Strasbourg / Numistral, via Wikimedia Commons. Domaine public.


Le commandement allemand accroît parallèlement la pression sur Uhrich tandis que les moyens d’artillerie de siège sont rassemblés autour de Strasbourg. Entre le 21 et le 23 août, l’artillerie lourde prussienne vient renforcer l’artillerie badoise. Tout est désormais en place pour les moments les plus destructeurs du siège de Strasbourg[30].

 

L’intensification des bombardements les 24 et 25 août

 

Les 21 et 23 août 1870 constituent deux dates charnières dans un moment particulièrement dramatique du siège de Strasbourg. Malgré la pression exercée sur la ville et les premiers bombardements, les sommations allemandes se heurtent à la détermination de ses défenseurs et à leur refus de capituler. L’échec de ces tentatives de reddition précède un changement d’échelle dans les opérations allemandes.[31]

Le 21 août, August von Werder, général prussien qui commande les assiégeants de Strasbourg, adresse une nouvelle sommation à la place. Le Conseil de défense de la ville rejette toute capitulation : le refus est désormais collectif et avertit les Allemands que les défenseurs de la ville entendent faire passer l’assiégeant « par toutes les phases, par tous les travaux d’attaque nécessités par un siège en règle ».[32]

Une proclamation datée du 22 août et affichée le 23 août 1870, signée par le général Uhrich, le préfet Pron et le maire Humann, confirme la détermination des autorités civiles et militaires. Elle appelle les Strasbourgeois à participer à la défense de la ville : « Le moment solennel est arrivé […] Amis ! courage ! La patrie a les yeux sur nous ! »[33]

Une dernière sommation est adressée par Werder le 23 août. Une fois encore rejetée par Uhrich, elle précède immédiatement le déclenchement d’un bombardement massif destiné à accroître la pression sur Strasbourg et à briser sa résistance.[34]

À partir du soir du 23 août, le changement d’échelle est brutal. Les bombardements deviennent alors sans commune mesure avec ceux des débuts du siège et le volume des tirs est considérable. Du 23 au 26 août, 92 pièces d’artillerie lourde bombardent Strasbourg durant la journée, tandis que l’artillerie de campagne prend le relais pendant la nuit.[35]  La ville est ainsi soumise à un bombardement presque continu. Jean-Pierre Klein décrit d’ailleurs les trois nuits des 23, 24 et 25 août comme une phase de bombardement intensif qui ravage notamment les quartiers autour de la cathédrale.[36]

Le 24 août, plusieurs foyers d’incendie se déclarent simultanément dans le cœur urbain. L’Aubette, le musée des beaux-arts, le Temple Neuf et la bibliothèque sont notamment atteints, tandis que d’autres incendies éclatent dans plusieurs rues de Strasbourg.[37] La multiplication simultanée des foyers donne alors au bombardement une dimension nouvelle : plusieurs secteurs du cœur urbain sont atteints au même moment et le feu devient, avec les projectiles, l’un des principaux agents de destruction. Le 25 août, les bombardements se poursuivent et, dans la nuit du 25 au 26 août, la toiture de la cathédrale prend feu.[38]

En deux jours, le bombardement ne frappe donc plus seulement les ouvrages militaires : il atteint directement le tissu urbain et plusieurs édifices majeurs de Strasbourg. L’ampleur de cette séquence prend place dans un bombardement qui, sur l’ensemble du siège, représente 202 112 projectiles tirés sur la ville.[39]

 

Bombardement de Strasbourg vu depuis la place Kléber, lithographie en couleur avec légende en allemand, s.d., Archives d’Alsace, ADBR 38 J 515. Réutilisation sous Licence Ouverte 2.0 avec mention de l’institution et de la cote.

Figure 5 : Bombardement de Strasbourg vu depuis la place Kléber. Lithographie en couleur avec légende en allemand, s.d. Source : Archives d’Alsace, ADBR 38 J 515.


Strasbourg sous les bombes : une ville et ses habitants éprouvés

 

Se protéger et vivre dans une ville bombardée

Le siège bouleverse profondément la vie des Strasbourgeois et des réfugiés : les conditions de vie deviennent précaires et la mort s’impose dans le quotidien.

Le sentiment d’insécurité qui prédomine, alimenté par la violence des bombardements, amène les habitants et les réfugiés enfermés dans la ville assiégée à rechercher un abri. Les caves des bâtiments d’habitation constituent l’un des principaux refuges lorsqu’elles sont utilisables. Pour les autres, c’est la solidarité qui joue, d’abord entre particuliers et entre familles, mais aussi par l’intervention progressive des autorités de la ville qui mettent certains bâtiments publics à la disposition des sans-abri. Dans la nuit du 23 au 24 août, le boulanger du quai Finkwiller accueille ainsi dans sa cave quatorze femmes d’une maison voisine chassées de leur logement par la chute d’un projectile. À mesure que les destructions augmentent, la commission municipale met également à disposition des sinistrés plusieurs bâtiments, notamment le marché couvert, le Palais impérial, l’abattoir et la manufacture des tabacs.[40]

 Ce sont néanmoins des solutions précaires et temporaires, où la peur s’installe, celle des incendies et des bombes : « Ceux dont les bâtiments avaient été détruits ou dont les caves avaient été inondées s’installèrent dans l’espace public, au théâtre par exemple, mais furent à nouveau déplacés lorsque ces bâtiments furent frappés à leur tour ». [41] Dans ces lieux, et notamment dans les caves, c’est la promiscuité qui règne, et l’espace intime est mis à mal par le regroupement des familles, des voisins et des réfugiés. Chacun s’accommode tant bien que mal de l’humidité et de la chaleur étouffante de l’été, ainsi que de la mauvaise qualité de l’air, aggravée notamment par l’obstruction des soupiraux : « L’installation dans les caves commence dès le 19 août. Contre les éclats d’obus et les risques d’incendie, on bouche les soupiraux avec des pierres, des linges et du fumier, ce qui rend l’atmosphère pestilentielle. L’insécurité permanente, surtout la nuit, oblige les gens à dormir tout habillés, or nous sommes au mois d’août ! Quand un obus éclate près d’un soupirail, la panique s’empare de la cave et pour cause, le blindage vole en éclats, souille les meubles entreposés, blesse les occupants. Dans ces conditions, un grand nombre préfère s’installer au rez-de-chaussée où les risques sont à peine plus grands : l’obturation des fenêtres avec des matelas, des sacs de paille tenus ensemble par une armature de planches minces constitue un barrage relativement élastique ; en cas d’explosion, les projections sont moins dangereuses. »[42]

L’approvisionnement en denrées constitue l’autre source de préoccupation des habitants. Le bouclage de Strasbourg perturbe profondément le ravitaillement de la ville. La raréfaction de certaines denrées, notamment le sel et la viande, et la hausse du prix de certains produits compliquent progressivement la vie quotidienne. « Après la défaite de Woerth, il fallut penser à l’approvisionnement de la ville et de la forteresse. Dans les rotondes, près de Cronenbourg, se trouvaient de longs trains chargés en particulier de farine et de viande séchée (…) Cette richesse en farine eut pour résultat que le prix du pain n’augmenta qu’après le siège. Par contre on manquait de sel, de sorte que le gruyère que les oncles avaient acheté et stocké fut mangé comme une friandise toute particulière, au dessert ».[43]

À ces approvisionnements disponibles s’ajoutent des circuits plus informels et des stratégies individuelles pour se procurer certaines denrées. « C’était aussi un souci que de nourrir toutes ces bouches. Le boucher Bardes, en face de chez nous, avait encore de la viande fraîche : du bœuf à 24 sous, du porc à 33 sous, ce qui paraissait très cher. Le beurre coûtait 10 francs la livre. Nous nous procurions des légumes chez l’épicière Montfort, à côté de notre maison : des maraudeurs les lui apportaient… »[44]

 

 Auguste Münch, Les Abris sur le Chemin de Halage du Canal des Faux-remparts, 1870, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Source numérique : Gallica, via Wikimedia Commons. Domaine public.

Figure 6 : Auguste Münch, Les Abris sur le Chemin de Halage du Canal des Faux-remparts, 1870, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Source numérique : Gallica, via Wikimedia Commons. Domaine public.

  Le théâtre de Strasbourg après le siège de 1870, Archives de Strasbourg, 301 Fi 1101.

Figure 7 : Anonyme, N° 32. Siège et bombardement de Strasbourg, 1870, lithographie coloriée, éd. Pinot et Sagaire, Épinal, Musée Carnavalet – Histoire de Paris. Source numérique : Paris Musées, via Wikimedia Commons. Domaine public.

 

Être directement confronté aux morts, aux blessées et aux destructions


La mort frappe sans distinction, les militaires et les civils.

Elle s’impose dans le quotidien de la population où chaque acte banal peut conduire à des blessures, voire à la mort. Que ce soit dans un abri ou à l’extérieur, personne n’est préservé du danger, qui frappe dans l’intimité comme à la vue de tous.

Frappés chez eux, les Strasbourgeois comme les réfugiés le sont lors des bombardements. Les blessures s’accompagnent parfois de la destruction des biens et d’une véritable détresse matérielle. C’est le cas des époux Umhöfer, dont un obus « éclata sous leur lit et brisa en mille pièces tout le mobilier qui se trouvait dans la chambre ». [45] Touchés à la fois physiquement et matériellement, ils bénéficient alors de la solidarité du voisinage : des visiteurs déposent « dans une tirelire qu’on avait placée dans la rue quelque peu d’argent pour venir en aide à ce pauvre ménage ». [46] D’autres sont touchés encore plus durement, comme cette femme de la rue du Jeu-des-Enfants dont les deux cuisses sont sectionnées par un obus alors qu’elle se trouve dans son lit.[47]

À la violence faite aux vivants s’ajoute celle faite aux morts. Les morts et les vivants se côtoient désormais au cœur de la ville, tandis que les conditions d’inhumation et les rites funéraires sont bouleversés par le siège. L’accès aux cimetières devient difficile, voire impossible. Les Strasbourgeois voient alors un espace familier situé au cœur de la ville transformé en lieu d’inhumation provisoire : « On a affiché ce matin que les morts ne pouvant plus être portés au cimetière occupés par l’ennemi, seront enterrés provisoirement au jardin botanique sauf à les y reprendre plus tard. » [48]

Accompagner ses morts jusqu’au lieu d’inhumation devient également un défi face au danger. Les cortèges funèbres ont pratiquement disparu ; certains cercueils ne sont plus accompagnés que de six porteurs, sans curé ni pasteur, sans parents ni amis. [49] Parfois, l’accompagnement se réduit encore davantage : lors d’une inhumation, seules cinq personnes suivent la dépouille jusqu’au Jardin botanique transformé en cimetière.[50]

Tandis que les vivants sous la menace des bombardements, deviennent des ombres dans les rues en se réfugiant dans les caves et les abris, les morts occupent une place grandissante au cœur de la ville. Le jardin botanique jusqu’alors consacré à la science et aux vivants, devient ainsi celui des morts : 1 653 corps auraient été inhumés en six semaines sur environ 900 m², dans des tombes individuelles mais aussi dans des fosses communes superposées. Le jardin cesse donc temporairement d'être un espace scientifique et familier pour devenir un vaste lieu d'inhumation au cœur de la ville[51].

 

L’épuisement d’une population enfermée pendant plusieurs semaines

 

Le siège de Strasbourg va durer près de sept semaines. Soumise à une guerre d’usure marquée par des phases particulièrement violentes, la population ressent durement les effets des bombardements et des incendies, des privations et d’une incertitude permanente..

Les conditions de vie précaires installent une fatigue physique durable. Les nuits répétées dans les abris et les caves, où règnent la chaleur, l’humidité et la promiscuité, empêchent de retrouver une vie véritablement normale et épuisent progressivement les corps. « Voilà 15 jours que nous logeons à la cave, j’ai couché pour la dernière fois dans mon lit en haut le jeudi 25 Août de 8 heures du matin à midi après une nuit passée assis sur une chaise dans la cave. […] on soupire après le moment où on pourra remonter son ménage et ses meubles qui se détériorent dans l’humidité des caveaux où ils sont entassés. Ce moment, quand viendra-t-il ? »[52]

Cette usure atteint également les esprits. La menace permanente des obus et des incendies, l’impossibilité de trouver un véritable repos et l’accumulation de la fatigue entretiennent une tension constante :  « Toutes les nuits, nous les passons dans la cave ; depuis trois semaines, je ne me suis pas déshabillé la nuit, et il me semble que le plus grand bonheur dont on puisse jouir, c’est de pouvoir de coucher dans un lit et de dormir tranquillement sans obus, ni incendie ; c’est horrible une existence pareille ! on ne vit plus au milieu de ces détonations. »[53]

L’incertitude liée au prolongement du siège est un autre facteur aggravant l’épuisement des corps et des esprits. Coupée des nouvelles extérieures que le télégraphe, le chemin de fer et le service postal ne sont plus en mesure de relayer, la population demeure dans l’attente et l’ignorance de ce qui se déroule hors des murs, ce qui alimente et renforce le désarroi, l’anxiété et la peur. Dans ce contexte, les rares nouvelles qui parviennent dans Strasbourg alimentent aussi les rumeurs et les espoirs parfois infondés : « Au dire de ce brave homme, le Haut Rhin est dans le calme le plus parfait […] De plus, la victoire est générale en France. Tous les grands corps d’armée Prussiens sont dispersés, détruits en partie […] L’Alsace, dit-il, doit être débarrassée de ses vilains hôtes avant la fin de la semaine. Un corps d’armée se forme à Belfort pour venir couper la retraite de l’armée prussienne. Mac-Mahon s’avance vers nous. Tout cela est superbe, magnifique, nous avons presque peur d’y croire, tout en étant enchantés. »[54]

Malgré l’enfermement et les épreuves occasionnées par le siège, les habitants et les réfugiés ne restent pas isolés : des formes de solidarité et de secours s’organisent progressivement.

 

Solidarité et secours

 

Le siège fait ainsi naître des formes de solidarité et de secours destinées à faire face à la précarité de la situation. L’entraide individuelle est progressivement relayée par une organisation municipale, puis par des aides venues de l’extérieur.

À mesure que les conséquences des bombardements s’aggravent, la solidarité spontanée entre habitants est progressivement relayée par une organisation municipale des secours. Un bureau de bienfaisance prend notamment en charge une partie de l’aide alimentaire destinée aux sinistrés et aux personnes privées de logement. Le boulanger du quai Finkwiller témoigne directement de cette organisation le 6 septembre : « Nous faisons beaucoup de pain pour le bureau de bienfaisance qui le distribue pour le compte de la ville aux gens privés d’asile par suite des incendies ; on a établi en ville deux fourneaux où l’on distribue des soupes. » [55] L’aide apportée aux victimes du siège ne repose donc plus seulement sur les solidarités de voisinage : elle s’organise progressivement à l’échelle de la ville.

L’aide municipale ne s’arrête pas à la distribution de pain et de soupes. Elle se manifeste également par l’organisation de restaurants populaires et de cuisines économiques proposant des repas à faible coût.[56] D’autres formes de secours sont mises en œuvre et coexistent durant le siège. Elles passent notamment par l’hébergement des sinistrés : la commission municipale met à leur disposition plusieurs bâtiments publics, parmi lesquels le marché couvert, le Palais impérial, l’abattoir et la manufacture des tabacs. [57] La municipalité intervient également dans l’organisation des secours médicaux : Antoine Zopff mentionne parmi les services dont il a la charge les ambulances destinées aux blessés, aux côtés de l’alimentation, des abris pour les bombardés et des ateliers communaux. [58] Elle intervient aussi afin d’assurer un maximum d’hygiène et de salubrité dans des conditions matérielles hautement dégradées par l’enlèvement des cadavres des chevaux notamment, la remise en route de la collecte des déchets et la surveillance des inhumations provisoires au jardin botanique afin de prévenir les risques sanitaires[59].

La solidarité vient également de l’extérieur des murs de la ville. Avant le 10 septembre 1870, une initiative se développe autour de Bâle et d’autres villes suisses, avec l’appui du gouvernement fédéral. Des délégués négocient avec les commandements français et allemand la possibilité de faire sortir de Strasbourg des non-combattants.[60] Le 10 septembre, le maire Théodore Humann annonce à la commission municipale, qu’une délégation suisse propose son aide aux civils strasbourgeois par l’évacuation des femmes, enfants et personnes âgées. L’arrivée de celle-ci le 11 septembre en ville apporte aussi son lot de mauvaises nouvelles dans une ville mal informée : la défaite et la capitulation de l’armée française à Sedan, la capture de Napoléon III et la proclamation de la République.[61]

Entre le 15 et le 19 septembre, trois convois de civils sous protection suisse sont organisés, dont le premier s’effectue par la porte d’Austerlitz. Après ces premiers départs, l’organisation devient plus difficile et dépasse le cadre initial des évacuations prévues par la délégation suisse.[62] Entre le 21 et le 23 septembre, les départs deviennent plus désordonnés face à l’afflux de personnes souhaitant quitter la ville. Près de 600 personnes réussissent à gagner la Suisse et Bâle en toute sécurité.[63]

   

 Figure 8  : Émile Schweitzer, Entrée des délégués suisses à Strasbourg par la Porte Nationale, le 11 septembre 1870, 1897, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Source numérique : BNU Strasbourg, via Wikimédia Commons. Domaine public.


Une rupture encore visible dans Strasbourg

 

Le bilan des destructions

 

Le 27 septembre 1870, le drapeau blanc qui est hissé sur la cathédrale marque la volonté de reddition de Strasbourg ; le feu des allemands sur la ville cesse. Des négociations s’entament presque immédiatement dans la journée entre les autorités belligérantes aboutissant dans la nuit. Le 28 septembre, la capitulation est signée à Koenigshoffen à deux heures du matin, la garnison française quitte Strasbourg peu de temps après et les troupes allemandes prennent alors possession de la ville.

Devant le départ des Français, les sentiments des Strasbourgeois sont partagés et ambigus. Ils mêlent soulagement, tristesse, épuisement et amertume devant la défaite.[64] La capitulation marque la fin du siège, mais aussi la découverte de l’étendue des dégâts et l’entrée dans une nouvelle situation politique, avec ses conséquences pour la ville et son patrimoine. À la fin du siège, l’ampleur des destructions apparaît considérable : le bombardement a profondément atteint le bâti strasbourgeois, laissé des milliers d’habitants sans logement et provoqué de lourdes pertes civiles.

 Au cours du siège, près de 202 112 projectiles sont tirés sur Strasbourg. Ils détruisent totalement 448 maisons sur 3 598, tandis qu’un grand nombre d’autres sont endommagées et que plus de 10 000 personnes se retrouvent sans abri. La population civile comme militaire a payé un lourd tribut à cette guerre de siège puisque 261 civils et 310 soldats de la garnison française ont été tués. Cinquante-cinq militaires sont également portés disparus. Le nombre de blessés s’élève quant à lui à environ 1 100 parmi les civils et à 2 076 dans la garnison.[65]

Les chiffres permettent d’approcher l’ampleur des destructions. Toutefois, au-delà des pertes humaines, d’autres trésors inestimables ont été irrémédiablement perdus.

  Charles David Winter, Strasbourg, bombardements de 1870, Faubourg de Saverne, 1870, photographie sur papier albuminé, 17 × 24,6 cm, Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg. Source numérique : MAMCS/Navigart, via Wikimedia Commons. Domaine public.

Figure 9  : Georg Maria Eckert, Strasbourg, bombardement de 1870, Faubourg-de-Pierre, 1870, tirage sur papier albuminé, Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, inv. 55.000.0.37. Source numérique : MAMCS/Navigart, via Wikimedia Commons. Domaine public.

 

Figure 10 : Le théâtre de Strasbourg après le siège de 1870, Archives de Strasbourg, 301 Fi 1101

 

Un patrimoine irremplaçable qui disparaît

 

Les bombardements associés aux incendies qu’ils entraînent provoquent une rupture majeure dans l’histoire urbaine strasbourgeoise. Les corps et les esprits, les bâtiments, mais aussi la mémoire intellectuelle sont durement frappés : des collections, des manuscrits et des œuvres irremplaçables sont détruits.

Un premier incendie majeur à l’intérieur de Strasbourg ravage une partie du faubourg National et de la rue Sainte-Aurélie lors de la reprise des bombardements le 18 août.[66] Une nouvelle phase intensive des bombardements provoque des dégâts irrémédiables entre le 23 et le 26 août. Le 24 août, l’Aubette est ravagée par un incendie et le musée municipal de peinture et de sculpture qu’elle abrite est détruit avec ses collections.[67] L’ancienne église des Dominicains, située à l’emplacement de l’actuel Temple Neuf, voit également partir en fumée les inestimables collections de la bibliothèque qui y est installée : plus de 300 000 volumes et près de 3 500 manuscrits sont détruits, parmi lesquels l’Hortus Deliciarum d’Herrade de Landsberg, manuscrit médiéval unique et l’un des grands trésors alsaciens.[68]

Dans la nuit du 25 au 26 août, c’est au tour de la cathédrale : sa toiture de bois et de zinc prend feu. La voûte de pierre empêche cependant l’incendie de ravager l’ensemble de l’édifice.[69] Plusieurs rues du centre ancien autour de la cathédrale sont également touchées par les incendies.

À partir du 29 août, les bombardements se concentrent davantage sur les fortifications et les secteurs occidentaux de la ville, notamment le faubourg de Saverne, le quartier Kageneck et le faubourg de Pierre. La gare est également incendiée.[70] Le 10 septembre, un incendie se déclare dans le théâtre municipal, l’actuel Opéra.[71] Le 20 septembre, c’est au tour de la préfecture, installée dans l’ancien hôtel de Klinglin, d’être incendiée.[72] Jusqu’au 27 septembre, les bombardements continuent ainsi de dégrader fortement les quartiers nord-ouest de Strasbourg.[73]

 

 

 

Une reconstruction qui transforme Strasbourg

 

Reconstruire transforme Strasbourg


L’urgence de l’après-guerre et de l’après-siège est la remise en état des bâtiments.[74]

Les destructions s’étendent aux monuments et touchent fortement plusieurs secteurs de la ville. L’effort de reconstruction concerne notamment les quartiers d’habitation de l’ouest et du nord-ouest, avec le faubourg de Saverne autour de l’ancienne gare, le faubourg National, notamment le secteur de Sainte-Aurélie qui concentre un tissu résidentiel avec des maisons et des écoles, ainsi que le faubourg de Pierre, où de nombreuses habitations sont détruites.[75]

D’autres secteurs font l’objet de reconstructions plus ponctuelles ou institutionnelles dans le cœur historique de la ville, comme le quartier du Temple Neuf, où sont notamment concernés le Temple Neuf, le Gymnase et plusieurs bâtiments appartenant aux institutions protestantes[76], ou encore la place Broglie, qui concentre plusieurs grands édifices à restaurer ou reconstruire, comme le théâtre et la préfecture.[77]

Après l’urgence de la remise en état des quartiers et des habitations, la reconstruction concerne également plusieurs édifices religieux, culturels et intellectuels emblématiques de Strasbourg.[78] Certains doivent être entièrement rebâtis, comme le Temple Neuf, détruit lors des bombardements d’août 1870. Le chantier du temple neuf dure plusieurs années : la première pierre est posée le 23 mai 1874 et l’église est inaugurée le 4 octobre 1877. La reconstruction concerne aussi les bâtiments qui l’entourent, notamment le Gymnase, le Séminaire et plusieurs édifices appartenant aux institutions protestantes.[79]

La disparition de la bibliothèque installée dans le Temple Neuf soulève une autre difficulté. Il ne s’agit plus seulement de reconstruire un bâtiment, mais aussi de reconstituer une institution dont une grande partie des collections a disparu dans l’incendie. Cette reconstruction débute dès 1871 et permet de réunir près de 170 000 volumes entre 1871 et 1882. La destruction des collections de peinture conservées à l’Aubette impose elle aussi de constituer progressivement de nouveaux fonds et de réorganiser les collections muséales strasbourgeoise.[80] Celle-ci voit un premier ensemble de 68 tableaux présentés en décembre 1890. [81]

D’autres monuments, qui n’ont pas été entièrement détruits, nécessitent cependant d’importants travaux de restauration. C’est notamment le cas de la cathédrale, dont les toitures, les vitraux et plusieurs parties de l’édifice sont réparés dans les années qui suivent le siège. Dès 1873, la charpente et la couverture du vaisseau central sont rétablies et les toitures des bras du transept restaurées, tandis que d’autres interventions sur les pierres et les vitraux se poursuivent. [82]

La reconstruction de Strasbourg se déroule alors qu’un projet beaucoup plus vaste commence déjà à prendre forme. Après l’annexion de l’Alsace-Lorraine à l’Empire allemand en 1871, la question de l’agrandissement de la ville revient rapidement au premier plan. Le 7 février 1872, la municipalité est informée qu’une extension doit être réalisée au nord de Strasbourg. Les discussions autour de ce projet se déroulent donc en même temps que les premiers travaux de reconstruction engagés après le siège.[83]

Une étape importante est franchie le 2 décembre 1875 avec l’accord conclu entre la ville et le Reich pour la cession des terrains militaires nécessaires à l’extension. Le projet porte sur 384 hectares et doit, à terme, plus que doubler la superficie de Strasbourg.[84] À partir de 1876, plusieurs projets sont étudiés, notamment ceux de l’architecte municipal Jean-Geoffroy Conrath et de l’architecte berlinois August Orth. Le plan issu de ces réflexions est finalement approuvé en 1880.[85]

Cette extension, bientôt appelée Neustadt, dépasse largement la seule reconstruction des dommages causés par le siège. Elle permet la création de nouveaux quartiers d’habitation, mais aussi l’installation des équipements d’une ville devenue capitale du Reichsland : une nouvelle gare, une université, des administrations et de grands édifices publics. Autour de la future place impériale, aujourd’hui place de la République, prend progressivement forme un nouveau centre monumental. Strasbourg ne se contente alors plus de réparer les destructions de 1870 : la ville s’agrandit et son organisation comme son paysage urbain se transforment profondément.[86]

 eorg Maria Eckert, Strasbourg, bombardement de 1870, Faubourg-de-Pierre, 1870 — Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, inv. 55.000.0.37.

Figure 11 : Charles David Winter, Strasbourg, bombardements de 1870, Faubourg de Saverne, 1870, photographie sur papier albuminé, 17 × 24,6 cm, Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg. Source numérique : MAMCS/Navigart, via Wikimedia Commons. Domaine public.

 

Figure 12 : Jul. Manias & Cie., Kronenburgerstrasse – Faubourg de Saverne – Strasbourg, vers 1903, phototypie d’après photographie, dans Album von Strassburg. 50 Tafeln in Lichtdruck nach photographischen Originalaufnahmen. Source numérique : Wikimedia Commons. Domaine public.

"Ces deux vues montrent le Faubourg de Saverne à deux époques différentes ; les prises de vue ne correspondent pas au même emplacement exact."

Le siège de 1870 marque une rupture pour les Strasbourgeois qui ne s’achève pas avec la capitulation. C’est une rupture morale et politique qui frappe les esprits avec l’intégration de Strasbourg et de l’Alsace-Lorraine dans l’Empire allemand, aggravée par les pertes humaines, les privations et les conséquences patrimoniales et urbaines durables. La reconstruction transforme la ville et la modernise. Certaines traces des destructions disparaissent tandis que s’ouvre un nouveau chapitre de son histoire avec son extension sous administration allemande.

Cette histoire reste inscrite dans le paysage, parfois de la manière la plus évidente et la plus monumentale, comme avec le quartier de la Neustadt dont les Strasbourgeois s’enorgueillissent aujourd’hui, parfois beaucoup plus discrètement parce que les destructions ont été effacées au fil du temps. Quelques obus de 1870 sont ainsi encore scellés dans certaines façades de la ville et passent facilement inaperçus. D’autres traces ont totalement disparu du regard : l’ancien Jardin botanique, à l’emplacement de l’actuelle Haute école des arts du Rhin, par exemple, servit pendant le siège à l’inhumation de victimes des bombardements.

Strasbourg conserve aujourd’hui les traces de cette rupture dans son paysage urbain, parfois visibles, parfois beaucoup moins.

 

 


Notes 

[1] Sylvie Aprile, 1815-1870. La Révolution inachevée, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2020, chap. XI, « Les dernières années : la fin du napoléonisme ».

[2] Sylvie Aprile, 1815-1870. La Révolution inachevée, op. cit., chap. XI.

[3] Sylvie Aprile, 1815-1870. La Révolution inachevée, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2020, chap. XI, p. 512, édition numérique consultée sur Cairn.info.

[4] Assemblée nationale, « Chronologie », dossier « 1870-2020 » ; Fondation Napoléon, « La guerre de 1870 et la chute de Napoléon III ».

[5] Assemblée nationale, « Chronologie », dossier « 1870-2020 », entrées des 13, 15 et 19 juillet 1870 ; Fondation Napoléon, « La guerre de 1870 et la chute de Napoléon III ».

[6] Sylvie Aprile, 1815-1870. La Révolution inachevée, op. cit., chap. XI ; Fondation Napoléon, « La guerre franco-“allemande” de 1870-1871 : du début de la guerre à la chute du Second Empire ».

[7] Jean Chabanier, « La garde nationale mobile en 1870-1871. La loi Niel », Revue historique des Armées, 27ᵉ année, no 1, 1971, p. 43.

[8] Jean Chabanier, « La garde nationale mobile en 1870-1871. La loi Niel », art. cité, p. 43-48 ; P. Duffour, « Le soldat français de 1870 (période impériale) », Revue historique des Armées, 27ᵉ année, no 1, 1971, p. 23-41.

[9] Sylvie Aprile, 1815-1870. La Révolution inachevée, op. cit., chap. XI ; P. Duffour, « Le soldat français de 1870 », art. cité, p. 23-41.

[10] Ministère des Armées, Chemins de mémoire, « Comprendre la guerre de 1870 » ; Fondation Napoléon, « La guerre franco-“allemande” de 1870-1871 : du début de la guerre à la chute du Second Empire »

[11] Archives d’Alsace, service éducatif, Danielle Hartmann, La guerre de 1870 : la déchirure, 2011, p. 2.

[12] Ministère des Armées, Chemins de mémoire, « Comprendre la guerre de 1870 », 28 juillet 2022 ; Fondation Napoléon, « La guerre franco-“allemande” de 1870-1871 : du début de la guerre à la chute du Second Empire ».

[13] Archives d’Alsace, La guerre de 1870 : la déchirure, p. 2 ; Assemblée nationale, « Chronologie », entrée du 4 août 1870.

[14] Archives d’Alsace, La guerre de 1870 : la déchirure, p. 2 ; Archives d’Alsace, « La charge du 9ᵉ cuirassiers à Morsbronn dite “les cuirassiers de Reichshoffen” », fiche 4, p. 1 ; Assemblée nationale, « Chronologie », entrée du 6 août 1870 ; Ministère des Armées, Chemins de mémoire, « Un casque de cuirassier de la ligne ».

[15] Fondation Napoléon, « La guerre franco-“allemande” de 1870-1871 : du début de la guerre à la chute du Second Empire » ; Assemblée nationale, « Chronologie », entrées des 6 et 7 août 1870.

[16] Sylvie Aprile, 1815-1870. La Révolution inachevée, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2020, chap. XI, « Les dernières années : la fin du napoléonisme » ; François Roth, La Guerre de 1870, Paris, Fayard, 1990, parties consacrées aux premières opérations militaires ; Archives d’Alsace, service éducatif, Danielle Hartmann, La guerre de 1870 : la déchirure, 2011, p. 2 ; Assemblée nationale, « Chronologie », dossier « 1870-2020 », entrées des 4, 6 et 7 août 1870.

[17] Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg (11 août-28 septembre 1870) », Revue historique des Armées, 8ᵉ année, no 3, 1981, p. 77.

[18] Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg », art. cité, p. 77-78 ; Gustave Fischbach, Guerre de 1870. Le siège et le bombardement de Strasbourg, Strasbourg, Maurice Schauenburg, 1871, p. 21-24 ; Archives d’Alsace, Danielle Hartmann, La guerre de 1870 : la déchirure, fiche 7, « Une défaite qui annonce le siège de Strasbourg ».

[19] Sylvie Aprile, 1815-1870. La Révolution inachevée, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2020, chap. XI ; Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg (11 août-28 septembre 1870) », Revue historique des Armées, 8ᵉ année, no 3, 1981 ; Archives d’Alsace, Danielle Hartmann, La guerre de 1870 : la déchirure, 2011, p. 2.

[20] Rachel Chrastil, The Siege of Strasbourg, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2014, chap. II, « Insiders and Outsiders », p. 41 et suiv. ; Jean-Pierre Klein, « La vie quotidienne et la lutte à outrance à Strasbourg, pendant le siège de 1870 », Revue historique des Armées, 29ᵉ année, no 1, 1973, p. 171-183 ; Archives d’Alsace, La guerre de 1870 : la déchirure, fiche 10, témoignage d’Alfred Ungerer.

[21] Gustave Fischbach, Guerre de 1870. Le siège et le bombardement de Strasbourg, Strasbourg, Maurice Schauenburg, 1871, passages consacrés aux journées des 8 au 13 août ; Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg », art. cité ; Archives d’Alsace, La guerre de 1870 : la déchirure, fiches consacrées au siège de Strasbourg.

[22] Gustave Fischbach, Le siège et le bombardement de Strasbourg, op. cit., journée du 13 août ; Rachel Chrastil, The Siege of Strasbourg, op. cit., chap. II-III ; Archives d’Alsace, La guerre de 1870 : la déchirure, fiche 10, témoignage d’Alfred Ungerer.

[23] Nicolas Jacob, « La portée stratégique de la guerre de siège en 1870 et la capacité des places fortes à résister à l’offensive des armées allemandes », dans Stéphane Tison, Jean-Noël Grandhomme et Laurent Jalabert (dir.), La guerre de siège en 1870-1871, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025, p. 57-70 ; Christophe Pommier, « L’artillerie dans les sièges de la guerre de 1870-1871 : rôle, effets matériels et influences culturelles », dans ibid., p. 71-83 ; Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg (11 août-28 septembre 1870) », Revue historique des Armées, no 3, 1981, p. 77-95 ; Archives d’Alsace, Danielle Hartmann, La guerre de 1870 : la déchirure, fiche 7, « Une défaite qui annonce le siège de Strasbourg ».

[24] Christophe Pommier, art. cité, p. 71-83 ; Rachel Chrastil, The Siege of Strasbourg, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2014, chap. III, « Every Twenty Seconds », p. 66-101 ; Jean-Pierre Klein, « La vie quotidienne et la lutte à outrance à Strasbourg, pendant le siège de 1870 », Revue historique des Armées, 1973, p. 171-183 ; Gustave Fischbach, Le siège et le bombardement de Strasbourg, Strasbourg, 1871, journées des 13 au 15 août ; Archives d’Alsace, fiche 10, témoignage d’Alfred Ungerer.

[25] Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg », art. cité, p. 77-95, pour la chronologie militaire générale du siège ; Gustave Fischbach, Le siège et le bombardement de Strasbourg, op. cit., journée du 16 août, pour le détail de la reconnaissance, des pertes et de la blessure du colonel Fiévet.

[26] Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg », art. cité, p. 77-95, pour le contexte des opérations de défense de la place ; Gustave Fischbach, Le siège et le bombardement de Strasbourg, op. cit., journée du 17 août, pour l’évacuation du Bon-Pasteur, l’engagement avec les Badois et sa destruction par l’artillerie française ; Musées de la Ville de Strasbourg, Cabinet des estampes et des dessins, Le Bon Pasteur. Bombardement de Strasbourg, 1870, inv. 77.998.0.5011, comme source iconographique.

[27] Rachel Chrastil, The Siege of Strasbourg, op. cit., chap. III, p. 66-101 ; Jean-Pierre Klein, « La vie quotidienne et la lutte à outrance à Strasbourg », art. cité, p. 171-183 ; Timothée Muller, « Le siège de Strasbourg raconté. De la chronique à l’écriture de soi, de la mémoire collective au souvenir », dans Pierre Allorant, Walter Badier, Alexandre Borrell et Jean Garrigues (dir.), 1870, entre mémoires régionales et oubli national. Se souvenir de la guerre franco-prussienne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, p. 183-194 ; Gustave Fischbach, Le siège et le bombardement de Strasbourg, op. cit., journée du 18 août ; Archives d’Alsace, fiche 10, témoignages d’Alfred Ungerer et d’Ernest Frantz.

[28] Christophe Pommier, « L’artillerie dans les sièges de la guerre de 1870-1871 », art. cité, p. 71-83 ; Rachel Chrastil, The Siege of Strasbourg, op. cit., chap. III, p. 66-101 ; Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg », art. cité, p. 77-95 ; Gustave Fischbach, Le siège et le bombardement de Strasbourg, op. cit., journées des 19 et 20 août.

[29] Christophe Pommier, art. cité, p. 71-83 ; Nicolas Jacob, « La portée stratégique de la guerre de siège en 1870 », art. cité, p. 57-70 ; Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg », art. cité, p. 77-95 ; Archives d’Alsace, La guerre de 1870 : la déchirure, fiches consacrées au bombardement de Strasbourg.

[30] Christophe Pommier, « L’artillerie dans les sièges de la guerre de 1870-1871 : rôle, effets matériels et influences culturelles », dans Stéphane Tison, Jean-Noël Grandhomme et Laurent Jalabert (dir.), La guerre de siège en 1870-1871, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025, p. 71-83 ; Nicolas Jacob, « La portée stratégique de la guerre de siège en 1870 et la capacité des places fortes à résister à l’offensive des armées allemandes », dans ibid., p. 57-70 ; Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg (11 août-28 septembre 1870) », Revue historique des Armées, no 3, 1981, p. 77-95 ; Archives d’Alsace, Danielle Hartmann, La guerre de 1870 : la déchirure, fiches consacrées au siège et au bombardement de Strasbourg.

[31] Nicolas Jacob, « La portée stratégique de la guerre de siège en 1870 et la capacité des places fortes à résister à l’offensive des armées allemandes », dans Stéphane Tison, Jean-Noël Grandhomme et Laurent Jalabert (dir.), La guerre de siège en 1870-1871, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025, p. 57-70 ; Christophe Pommier, « L’artillerie dans les sièges de la guerre de 1870-1871 », dans ibid., p. 71-83 ; Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg (11 août-28 septembre 1870) », Revue historique des Armées, no 3, 1981, p. 77-95.

[32] Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg (11 août-28 septembre 1870) », art. cité, p. 77-95.

[33] Timothée Muller, « Le siège de Strasbourg raconté. De la chronique à l’écriture de soi, de la mémoire collective au souvenir », dans Pierre Allorant, Walter Badier et Jean Garrigues (dir.), 1870, entre mémoires régionales et oubli national, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, p. 183-194 ; Gustave Fischbach, Le siège et le bombardement de Strasbourg, Strasbourg, Maurice Schauenburg, 1871.

[34] Christophe Pommier, « L’artillerie dans les sièges de la guerre de 1870-1871 », art. cité, p. 71-83 ; Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg », art. cité, p. 77-95.

[35] Christophe Pommier, « L’artillerie dans les sièges de la guerre de 1870-1871 », art. cité, p. 71-83.

[36] Jean-Pierre Klein, « La vie quotidienne et la lutte à outrance à Strasbourg, pendant le siège de 1870 », Revue historique des Armées, no 1, 1973, p. 174-175.

[37] Danielle Hartmann, La guerre de 1870 : la déchirure, fiche 10, « Strasbourg sous les obus prussiens », Archives d’Alsace, 2011, p. 1-3.

[38] Danielle Hartmann, La guerre de 1870 : la déchirure, fiche 10, Archives d’Alsace, 2011, p. 1.

[39] Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg (11 août-28 septembre 1870) », art. cité, p. 77-95.

[40] Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, thèse de doctorat en histoire, Université de Strasbourg, 2022, p.379-380.

[41] Rachel Chrastil, The Siege of Strasbourg, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2014, p. 71, traduction de l’auteur.

[42] Jean-Pierre Klein, « La vie quotidienne et la lutte à outrance à Strasbourg, pendant le siège de 1870 », Revue historique des Armées, 29e année, no 1, 1973, p. 175.

[43] Albert Ungerer, récit de 1917, ADBR, 193 J 7, extrait reproduit dans Danielle Hartmann, La guerre de 1870 : la déchirure, fiche 13, « Vivre et survivre à Strasbourg sous les bombes », Archives d’Alsace, p. 2

[44] Alfred Ungerer, récit de 1917, ADBR, 193 J 6, extrait reproduit dans Danielle Hartmann, La guerre de 1870 : la déchirure, fiche 13, « Vivre et survivre à Strasbourg sous les bombes », Archives d’Alsace, p. 2

[45] Ernest Frantz, Strasbourg 1870. Le récit du siège, éd. A. Bouche, D. Bourgeois et M.-C. Vitoux, Place Stanislas, 2011, p. 109-110

[46] Ibid., p. 109-110.

[47] Ibid., p. 109-110.

[48] Journal anonyme d’un boulanger strasbourgeois, 22 août 1870, cité dans Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, thèse de doctorat, Université de Strasbourg, 2022, p. 514.

[49] Journal publié par L’Industriel Alsacien, 17 septembre 1870, cité dans Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, op. cit., p. 374.

[50] Frédéric Piton, Siège de Strasbourg. Journal d’un assiégé, Strasbourg, Charles Schlaeber, 1900, p. 202, cité dans Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, op. cit., p. 374.

[51] Faculté des sciences de la vie, Université de Strasbourg, Le Jardin botanique. 4 siècles de patrimoine vivant !, 2019, p. 6

[52] Journal anonyme du boulanger du quai Finkwiller, 8 septembre 1870, Archives de Strasbourg, 272 MW 84, cité dans Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, op. cit., p. 268-269.

[53] Journal d’un assiégé, L’Industriel Alsacien, 15 septembre 1870, Archives de Strasbourg, 110 Z 7, cité dans Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, op. cit., p. 269.

[54] Cécile de Dartein, journal, 5 septembre 1870, citée dans Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, op. cit., p. 223.

[55]Journal anonyme du boulanger du quai Finkwiller, 6 septembre 1870, Archives de Strasbourg, 272 MW 84, cité dans Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, op. cit., p. 244.

[56]  Rachel Chrastil, The Siege of Strasbourg, op. cit., p. 143-145.

[57] Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, op. cit., p. 244.

[58] Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, op. cit., p. 243.

[59] Rachel Chrastil, The Siege of Strasbourg, op. cit., p. 140-141.

[60] Rachel Chrastil, The Siege of Strasbourg, op. cit., p. 150 ; Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, op. cit., p. 342.

[61] Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, op. cit., p. 342 ; Archives de Strasbourg, 1870, Strasbourg brûle-t-il ?, « Assiégeants et assiégés ».

[62]  Daniel Morgen, « Bâle et les villes confédérées au secours des Strasbourgeois assiégés (septembre-novembre 1870) », dans Stéphane Tison, Jean-Noël Grandhomme et Laurent Jalabert (dir.), La guerre de siège en 1870-1871, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025, p. 357-370.

[63] Daniel Morgen, « Bâle et les villes confédérées au secours des Strasbourgeois assiégés », art. cité, p. 357-370.

[64] Frédéric Piton, Siège de Strasbourg. Journal d’un assiégé, Strasbourg, Charles Schlaeber, 1900, p. 217 ; Journal anonyme du boulanger du quai Finkwiller, 28 septembre 1870, Archives de Strasbourg, 272 MW 84, cités dans Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé, op. cit., p. 132 et 524.

[65] Jean Nouzille, « Le dernier siège de Strasbourg (11 août-28 septembre 1870) », Revue historique des Armées, no 3, 1981, p. 90-91.

[66] Danielle Hartmann, La guerre de 1870 : la déchirure, fiche 10, « Strasbourg sous les obus prussiens », Archives d’Alsace, 2011, p. 3.

[67] Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé : trajectoires individuelles, destinées collectives. Est de la France, 1870-1914, thèse de doctorat en histoire contemporaine, Université de Strasbourg, 2022, p. 264-266 ; Rachel Chrastil, The Siege of Strasbourg, Harvard University Press, 2014, p. 89.

[68] Guillaume Ducœur, « Max Müller (1823-1900), de l’édition textuelle du Rig Veda… », Source(s), Université de Strasbourg, p. 96 ; BNU, « Les manuscrits ». Ducœur donne plus de 300 000 volumes et près de 3 500 manuscrits détruits ; la BNU confirme la perte de l’Hortus Deliciarum.

[69] Sophie Eberhardt, « Les enjeux urbains et patrimoniaux de la reconstruction après la guerre franco-prussienne à Strasbourg », Revue d’Alsace, no 142, 2016, p. 35-36.

[70] Archives de Strasbourg, 1870, Strasbourg brûle-t-il ?, « Assiégeants et assiégés » ; Sophie Eberhardt, « Les enjeux urbains et patrimoniaux de la reconstruction après la guerre franco-prussienne à Strasbourg », Revue d’Alsace, no 142, 2016, p. 27-49.

[71] Musées de la Ville de Strasbourg, Émile Schweitzer, Incendie du théâtre le 10 septembre 1870, Cabinet des Estampes et des Dessins, inv. 77.998.0.5102 ; Véronique Umbrecht, « Émile Salomon (1833-1913). Architecte de la reconstruction à Strasbourg après 1870 », Revue d’Alsace, no 142, 2016, p. 51-73.

[72] Musées de la Ville de Strasbourg, Émile Schweitzer, Incendie de la préfecture, le 20 septembre 1870, Cabinet des Estampes et des Dessins, inv. 77.998.0.5058 ; Véronique Umbrecht, « Émile Salomon (1833-1913). Architecte de la reconstruction à Strasbourg après 1870 », Revue d’Alsace, no 142, 2016, p. 51-73

[73] Sophie Eberhardt, « Les enjeux urbains et patrimoniaux de la reconstruction après la guerre franco-prussienne à Strasbourg », art. cité, p. 27-49.

[74] Hélène Antoni, Les villes d’Alsace-Lorraine dans le contexte de l’essor urbain en Allemagne à la fin du XIXe siècle, thèse de doctorat en architecture, Université de Strasbourg, 2019, p. 97.

[75] Sophie Eberhardt, « Les enjeux urbains et patrimoniaux de la reconstruction après la guerre franco-prussienne à Strasbourg », Revue d’Alsace, no 142, 2016, p. 39-46 ; Timothée Muller, La guerre franco-prussienne dans les écrits du for privé : trajectoires individuelles, destinées collectives. Est de la France, 1870-1914, thèse de doctorat en histoire contemporaine, Université de Strasbourg, 2022, p. 264-266 ; Archives d’Alsace, ADBR 1 Fi 6/1670/6, Le bombardement du Faubourg National, premier incendie, 1870.

[76] Véronique Umbrecht, « Émile Salomon (1833-1913). Architecte de la reconstruction à Strasbourg après 1870 », Revue d’Alsace, no 142, 2016, p. 57-60.

[77] Véronique Umbrecht, « Émile Salomon (1833-1913). Architecte de la reconstruction à Strasbourg après 1870 », Revue d’Alsace, no 142, 2016, p. 57-60.

[78]  Sophie Eberhardt, « Les enjeux urbains et patrimoniaux de la reconstruction après la guerre franco-prussienne à Strasbourg », Revue d’Alsace, no 142, 2016, p. 27-49.

[79] Véronique Umbrecht, « Émile Salomon (1833-1913). Architecte de la reconstruction à Strasbourg après 1870 », Revue d’Alsace, no 142, 2016, p. 51-73 ; Anthony J. Steinhoff, The Gods of the City. Protestantism and Religious Culture in Strasbourg, 1870-1914, Leiden-Boston, Brill, 2008, p. 241-245.

[80] Gérard Littler, « La Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Constitution de la collection dans la période allemande (1871-1918) », Bulletin des bibliothèques de France, t. 47, no 4, 2002, p. 36-46.

[81] Cécile Dupeux, « Hans Haug et la valorisation de l’école artistique régionale dans les musées de Strasbourg », dans Christine Peltre et Philippe Lorentz (dir.), La notion d’« École », Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2007, p. 245-254 ; Tessa Friederike Rosebrock, Kurt Martin et le musée des Beaux-Arts de Strasbourg, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme / Musées de la Ville de Strasbourg / DFK Paris, 2019, chap. I.2.

[82] Sophie Eberhardt, « Les enjeux urbains et patrimoniaux de la reconstruction après la guerre franco-prussienne à Strasbourg », Revue d’Alsace, no 142, 2016, p. 27-49 ; Fondation de l’Œuvre Notre-Dame, « La cathédrale meurtrie par les guerres (1870 à 1944) ».

[83] Hélène Antoni, Les villes d’Alsace-Lorraine dans le contexte de l’essor urbain en Allemagne à la fin du XIXe siècle, thèse de doctorat en architecture, Université de Strasbourg, 2019, p. 97-98.

[84]  Hélène Antoni, Les villes d’Alsace-Lorraine dans le contexte de l’essor urbain en Allemagne à la fin du XIXe siècle, thèse de doctorat en architecture, Université de Strasbourg, 2019, p. 103.

[85] Hélène Antoni, Les villes d’Alsace-Lorraine dans le contexte de l’essor urbain en Allemagne à la fin du XIXe siècle, thèse de doctorat en architecture, Université de Strasbourg, 2019, p. 105-106 et 119-121.

[86] Marie Pottecher, « Morphogenèse d’une place monumentale : l’ancienne place Impériale de Strasbourg », dans Pierre Pinon (dir.), Formes et Échelles des compositions urbaines, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2014, p. 89-103 ; Hélène Antoni, Les villes d’Alsace-Lorraine dans le contexte de l’essor urbain en Allemagne à la fin du XIXe siècle, thèse de doctorat en architecture, Université de Strasbourg, 2019, p. 101-103 et 119-121.


© Frank Spoldi — Chronik-Histoire®

Chronik-Histoire 24 août 2026
Partager cet article
Archive
Les collines de Hausbergen, théâtre de la bataille d’Argentoratum en 357 après J.-C.